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Perte de ses avantages / Voici pourquoi l’Eglise catholique de Côte d’Ivoire en veut toujours à Alassane Ouattara

Mgr Kouadio 3

Prédictions apocalyptiques, menaces à peine voilées, accusations injustifiées… L’Eglise catholique de Côte d’Ivoire par la bouche de sa conférence épiscopale vient encore une fois d’écorcher le pouvoir d’Abidjan. Mgr Marcellin Yao Kouadio et ses pairs qui refusent pourtant de déposer la soutane pour battre le pavé aux côtés des opposants politiques poursuivent un combat perdu depuis les années 1990 contre la laïcité en Côte d’Ivoire.

Le seul pouvoir légitime est celui conféré en présence de Mgr Kouadio par Dieu-le-Père

A la faveur de la 128è Assemblée plénière des évêques catholiques, le mardi dernier, 20 janvier 2026, Mgr Marcellin Yao Kouadio, ci-devant évêque du diocèse de Daloa et président de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire, s’en est pris au pouvoir en place en dénonçant ce qu’il a appelé « braquage électoral ou braconnage », source toujours selon lui, de « rébellions armées » ou de « fraude électorale ». C’était à la paroisse Saint Paul des Cités du diocèse de San-Pedro.

Dans son « homélie » faussement panafricaniste, Mgr Kouadio s’est littéralement perdu dans l’interprétation de la Bible et de la vie du roi David en se prévalant être dans le secret des dieux. Morceaux choisis :
- « David élu de Dieu, donc un roi légitime ».
- « Malheur aux divinités politiques qui tiennent la légitimité des puissances étranges nuisibles au point que le peuple ne compte pas pour eux, Dieu encore moins ».
- « L’exercice du pouvoir, ce n’est pas une question de carnet d’adresse, ni des grandes puissances »
- « … l’hypocrisie des institutions internationales aux multinationales, (…) la Françafrique ».
- « Sous les rayons incandescents du soleil des indépendances sous tutelle et de la souveraineté confisquée, les Africains se donnent des chefs par élection en essayant d’imiter les règles de la démocratie à l’Occidentale par l’épée et par la prédation économique sans compter la sécurité sous-traitée. Une troisième voix est en train de voir le jour et elle n’est pas à occulter, à savoir l’accession au pouvoir par infraction, braquage électorale ou braconnage, d’où les rébellions armées, la fraude électorale et la culture de la contestation des résultats des urnes ».
- « Et pour anesthésier la conscience collective, les médias mensonges et les observateurs étrangers cupides »

Bref. Mais voici quelques petits rappels qui montrent que notre théologien de salon n’en est pas à son premier « dégammage ».

Mgr Kouadio 2

Tentative de sabotage de la présidentielle

Le mardi 29 juillet 2025, soit trois mois avant la présidentielle, la même conférence que Mgr Kouadio préside avait proposé des « arrangements » au pouvoir, quitte à tordre le cou au droit, pour éviter la catastrophe qu’eux seuls voyaient venir.

En effet, au siège de la Conférence épiscopale, à Abidjan-Riviera, et aux côtés d’Ignace Cardinal Bessi Dogbo, archevêque métropolitain d’Abidjan, Mgr Bruno Yedo, vice-président de la conférence et Mgr Clément Amiezi, évêque du diocèse d’Odienné, il avait signé une déclaration dont nous vous livrons la substance :
« (…) Nous archevêques et évêques catholiques de Côte d’Ivoire, toujours très attentifs aux pulsations de la société, au climat de crispation et à l’ambiance délétère qui se dégage de l’espace politique, consécutivement à l’absence de dialogue porteur de consensus salutaire, nous autorisons à vous adresser la présente lettre pastorale. (…) On envisagera ainsi des élections inclusives et apaisées (…) certes, les règles juridiques, mais il y a aussi le bon sens politique ».

Sous prétexte de s’éloigner de ce qui « sent la haine, la violence, la guerre » et de « préserver la sacralité, l’inviolabilité et la dignité de la personne humaine », des curés avaient alors commencé à effrayer la population en incitant leurs ouailles à faire des provisions alimentaires et à s’abstenir de sortir pendant la présidentielle au motif que la guerre éclaterait en Côte d’Ivoire et que les gens s’entretueraient massivement. Bien entendu, il n’en a rien été. Au contraire, après les élections, des Ivoiriens se sont amusés à montrer leurs réserves sur les réseaux sociaux en se demandant ce qu’ils en feraient maintenant que la fin du monde avait été reportée.

Ceci étant, la sortie de route de Mgr Kouadio est la suite logique d’un acharnement qui a commencé dans les années 1990, lorsque le journal panafricain Jeune Afrique avait publié une information selon laquelle le Vatican avait adressé une note de protestation au président Houphouët suite à la nomination d’un Musulman comme chef de la diplomatie ivoirienne. Essy Amara avait en effet été nommé ministre des Affaires étrangères dans un pays où le doyen du corps diplomatique est obligatoirement l’ambassadeur du Saint-Siège, même s’il n’est pas le plus ancien diplomate en poste à Abidjan…

Ouattara a mis fin aux avantages indus de l’Eglise catholique pour sauver la Côte d’Ivoire

En vérité, l’origine de l’ire, ou plutôt du courroux de nos évêques remonte donc aux années 1990. Le catholicisme était quasiment la religion d’Etat dans une Côte d’Ivoire ancienne colonie de la France, « Fille aînée de l’Eglise », où régnait un parti unique, le PDCI, et un potentat, Félix Houphouët-Boigny. Le navire Ivoire était malmené par une méchante tempête économique, au point que le pays avait été mis sous perfusion par « docteur » FMI. Pour ne pas être emporté par le vent de l’Est, Houphouët avait alors fait appel à l’un des plus grands experts au monde en matière de finances : Alassane Ouattara.

Aux commandes du Comité Interministériel de Coordination du Programme de Stabilisation et de Relance économique, Ouattara prend de nombreuses mesures pour freiner l’hémorragie financière et sortir le pays du gouffre. Parmi ces mesures (plus importantes), la fin des avantages indus de l’Eglise catholique à travers son reclassement au même niveau que les autres religions : plus de subventions étatiques exorbitantes, plus de prise en charge des salaires des enseignants des collèges catholiques, plus de mainmise de l’Eglise sur les espaces réservés aux cultes dans les nouveaux lotissements, etc. Les uns crient alors « Sacrilège ! », quand les protestants crient « Alléluia » et les musulmans « Al Hamdoulillah ! ». Comme quoi, ce qui est vu comme la correction d’une injustice par les uns est la source de la haine viscérale éprouvée par les autres.

Mgr Kouadio 1

Comme le cardinal Kutwa cinq ans plus tôt

La mesure salutaire pour la nation a été perçue comme une déclaration de guerre. C’est ainsi que des évêques participeront activement à la guerre de succession à la mort d’Houphouët : il fallait faire payer son audace à Ouattara à tous prix. Ils rappelleront au général Guéi, tombeur de Bédié, qu’il est « Robert » avant tout, donc Chrétien. Cerise sur le gâteau : ils rencontreront Alassane Ouattara pour lui dire de ne pas être candidat à l’élection présidentielle parce que « les Ivoiriens (sic !) ne sont pas prêts à accepter un président Musulman » (re-sic !). Dieu ne les ayant visiblement pas écoutés, Ouattara sera aimé, élu et réélu à plusieurs reprises. Mais ils ne désarment pas, et ne manquent aucune occasion pour lui lancer une pique, ou tenter de la désarçonner. A l’image du cardinal Jean-Pierre Kutwa qui avait dit au président Alassane Ouattara en 2020 : « Monsieur le Président votre candidature n’est pas nécessaire. Ayez la sagesse de vous retirer ».

En vérité (je vous le dis), les sorties du nouveau Zorro, pardon Zéro de la conférence épiscopale ne surprennent personne. Les élucubrations de Yao Marcelin ne valent pas un pêt.

Seydou Koné

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