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Sécurité en mer / Obangamé Express : voici comment la marine ivoirienne lutte contre les pirates (AIP)

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«Obangamé Express», derrière ce nom, qui trouve ses origines dans la langue camerounaise et signifie « coopération », se cache une initiative stratégique visant à entraîner les forces de sécurité maritime dans la lutte contre une série de fléaux, tels que la piraterie maritime, le narcotrafic, la prolifération des armes, ainsi que la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN). Une bataille sans relâche pour sécuriser le Golfe de Guinée, la vaste étendue d’eau de 5700 kilomètres, du Sénégal à l’Angola, abritant le passage de milliers de marchandises essentielles.

Au cœur de cette initiative orchestrée en Côte d’Ivoire par le centre des opérations de la marine nationale, en collaboration avec les autres forces militaires, gendarmes et policiers, une vingtaine de pays du Golfe de Guinée unissent leurs forces. L’objectif est d’éradiquer l’insécurité maritime et préserver la stabilité de cette région cruciale.

Les efforts considérables déployés par la Marine ivoirienne ces dernières années se matérialisent par une flotte renforcée, composée de patrouilleurs et de nombreuses embarcations.

Un groupe bien particulier prend le devant de la scène le mercredi 31 janvier 2023. Il s’agit de manœuvriers, de navigateurs et de mécaniciens embarqués sur le patrouilleur «Le Bouclier».

Amarré à la base navale annexe de la Marine nationale, ce navire, faisant partie d’une série de trois nouvellement acquis, se prépare à jouer un rôle crucial dans la simulation d’une lutte contre le trafic de stupéfiants au large des eaux ivoiriennes.

En 2020, la Marine française a saisi six tonnes de cocaïne dans le Golfe de Guinée, une quantité qui montre l’ampleur de la menace qui plane au-dessus de ces eaux agitées.

Sous un soleil implacable commence la journée du 31 janvier de l’équipage qui enfilé de son gilet de sauvetage, se prépare à affronter l’inconnu. Sur le quai, une ambiance détendue règne avant le début de l’exercice. Les membres de l’équipage échangent des plaisanteries autour d’un café et partagent un moment de camaraderie avant leur entrée en action.

Robustes et déterminés, cinq fusiliers commandos de la Marine nationale (FUMACO) prennent position autour du navire et assurent la sécurité du périmètre.

Ils ne sont pas les seuls dans cette mission cruciale, mais soutenus par une brigade cynophile de la Gendarmerie nationale en compagnie des bergers belges malinois dont l’attention est à la hauteur de leur réputation.

Une fois les préparatifs achevés, le patrouilleur « Le Bouclier » prend la direction de la mer dont les vagues ne cessent de s’agiter. Telle une « montagne russe aquatique », l’équipage s’agrippe, naviguant à travers les embruns, la peur tapie sous la surface. Pour les marins, ces mouvements font partie de la routine, une danse incessante avec les éléments naturels.

Dans ce ballet aquatique, les dauphins font leur apparition, plongeant et émergeant, rappelant que la mer abrite une vie riche et complexe, protégée par des réglementations environnementales.

Pendant ce temps, dans la passerelle du navire, le commandant dirige les opérations, en constante communication avec le Centre opérationnel de la Marine (COM). Le centre coordonne les actions opérationnelles de la Marine nationale en surveillant les mouvements en mer, en lagune et à terre.

Après de longues heures d’attente, le moment de vérité approche. La position du navire suspecté reste un mystère, les tensions montent dans les coursives du navire. Les balancements violents et les oscillations vertigineuses usent les esprits, mais les fusiliers commandos, rigoureux et déterminés, restent en alerte. Une intervention est ordonnée.

L’équipe se prépare à «intercepter, fouiller et arraisonner», le bateau suspect. Cependant, la mer agitée et les vagues fracassantes contre la coque du patrouilleur ajoutent un défi supplémentaire à cette mission risquée, comme le souligne le capitaine d’armes du patrouilleur Akoué Djimin.

«Le Bouclier» capte enfin une communication du COM indiquant la position d’un bateau espagnol transportant de la drogue.

Les motoristes entrent en action en mettant en marche le Tender, un bateau de soutien logistique utilisé pour des opérations d’interception et de transport de troupes. La détermination est palpable, l’équipe est déterminée à remplir sa mission sans compromis.

Le premier FUMACO éprouve des difficultés à monter à bord du Tender, balancé par les vagues agitées. Avec ingéniosité, les motoristes parviennent à stabiliser l’embarcation et permettent aux autres combattants de prendre place à bord. Le Tender est lancé et se fraie un chemin dans les eaux turbulentes, en route pour l’interception du navire suspect. Pendant ce temps, l’équipage reste en contact constant avec le chef de l’opération. Les directives sont claires. Le Tender doit se positionner à gauche ou à droite du navire suspect pour empêcher toute tentative de jet de marchandises illicites par-dessus bord.

Entre les mouvements incessants du navire et les défis posés par la mer, les FUMACO luttent pour atteindre l’échelle de coupée. Avec ténacité, ils parviennent enfin à monter à bord du navire suspect. Un contrôle minutieux est entrepris, explorant chaque recoin du navire.

La mise en scène de la brigade cynophile

A leur grand désarroi, aucune trace de drogue dans le bateau. La brigade cynophile entre alors en scène, une unité composée de chiens aux compétences naturelles inégalées. Cette brigade, créée en 1984, compte 27 agents et 22 chiens, notamment des bergers belges malinois au flair exceptionnel. Avec une précision quasi-surnaturelle, ces chiens détectent la présence de drogues, renforçant ainsi l’efficacité des opérations. Ils fouillent minutieusement chaque recoin du navire et révèlent le lieu où est dissimilée la drogue malgré les tentatives du commandant du navire pour justifier l’absence de substances illicites.

Le lieutenant de vaisseau Gouanou Metoh Serge Alain, commandant du patrouilleur «Le Bouclier», souligne l’importance de ce genre d’exercice.

«Nous avons des moyens pour réagir à la menace, mais des moyens plus adaptés et actualisés permettront à la marine d’élargir son champ d’action», soutient-il.

Neuf attaques de navires à l’arme lourde, trois détournements de navires et 39 kidnappings ont été recensés dans la région, selon le Bureau International maritime.

Cette bataille continue, menée par des hommes et des femmes engagés à assurer la sécurité des eaux du Golfe de Guinée, met en lumière l’importance cruciale des opérations de patrouille pour la stabilité de la région de l’Ouest et du Centre du continent africain.

Une guerre silencieuse, sans cesse en évolution, se déroule en mer, en vue de protéger les eaux qui font battre le cœur économique et social de cette partie du monde.

Avec AIP

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